La
Canne de la fin 17ème siècle
« Dans
un grand siècle tout est grand », cette maxime convient
particulièrement bien au règne de Louis XIV. A Versailles
tous les princes veulent rivaliser en magnificence tant dans leur
demeures que sur leur habillement. Tous les yeux sont levés
sur le roi et son goût du faste, il adore l’orfèvrerie,
donc ses cannes en seront largement
ornées.

Symbole
royal du pouvoir , du maître absolu sur ses sujets, le roi
porte la canne donc tout le monde s’empresse de l’arborer
mais jamais en sa présence. (il est à noter que le
roi étant petit, cet objet le grandit et lui donne une stature).
Le
prestige à la cour doit s’afficher, et atteindre la
démesure.

La
canne du maréchal Duc de Richelieu , véritable œuvre
d’art, valait une fortune, mais elle fût distancée
par celles des fermiers généraux et des grands financiers
tels : la Popelinière et Samuel Bernard qui coûtèrent
plus de 10.000 écus.
Pendant
longtemps les coups de canne ont été une façon
pour un grand seigneur de corriger ses valets. Souvent une altercation
entre gentilshommes se terminait à coup de canne.
Rien
de ce qui est élégant n’est étranger à la
femme. Les dames ne pouvaient laisser aux hommes le monopole d’une
mode heureuse et triomphante.

A
la cour, la canne haute compléta l’allure : « c’était
un joli spectacle que de voir les belles frondeuses, juchées
sur leurs talons élevés, corsetées long, cambrées
sur leurs cannes ornées de rubans, minaudant avec les hommes à perruques
bouclées qui tendaient le jarret et faisaient des grâces » objet à coup
sûr indispensable, car le port de ces talons très
hauts fragilisait l’équilibre, que la canne leur redonnait
.

C’est
avec une de ces houlettes gracieuse, aux couleurs de la fronde,
que la Grande Mademoiselle, du haut de la bastille, a commandé le
feu contre les armées.
 Nulle
femme de qualité ne sortait séparée de sa
haute canne de 1m.20 environ en ébène, jonc, écaille,
ivoire, bois des îles, bois noirci ou vernissé qui était
reliée au poignet par une « sûreté » faite
de rubans passé dans les œilletons de la canne, nommés
: « fanfreluche, galanterie, bijou, badin » quand aux
pommeaux ciselés d’or ou d’argent, incrustés
de pierreries, étaient de forme diverses, boules, potence,
bec de corbin, mortier ….

La
longue canne à pomme d’or, dite à la Tronchin, était
portée par tous les vieillards, les magistrats, les notables.

La
badine souple et pliante, de toutes les longueurs, ne convenait
qu’aux jeunes gens, qui couraient en « chenille »,
c’est à dire en petit habit leste et pimpant, dans
les rues, le matin.
 Il était
de bon ton de changer souvent de cet accessoire de l’habillement
qui traité comme un bijou, se devait d’être
assorti au costume.

Durant
ce siècle l’évolution des mœurs, le courant
créé par une société nouvelle et frivole,
animée par un goût effréné de luxe et
de plaisir, se reflète dans la mode et un engouement délirant
pour les objets dits de « frivolité » dont bien
sûr les cannes. 
Nulle
pièce de théâtre ne se représentait
sans canne : le Cid, Cinna, Andromaque, toutes les tragédies
de Racine et Corneille ont été jouées avec
des effets de canne.

Lulli
est le premier chef qui se soit servi d’une canne pour diriger
un orchestre . Canne qui lui coûtât la vie, car il
s’en donna un vilain coup sur le pied, qui pris de gangrène
entraîna sa mort.
La
Canne du 18ème siècle
Sous
Louis XV et Louis XVI, la canne s’était considérablement
allongée, indispensable à la majesté de la
démarche et à la gravité du maintien.

Elle était
le complément obligé, l’accompagnement nécessaire
de la perruque. Il n’y a pas de rupture avec la période
précédente mais seulement un glissement du goût
vers le raffiné et le soigné. 
La
découverte
de Pompéi et d’Herculanum redonne un certain clacissisme
dans le goût de l’antique retrouvé, par des
formes droites, géométriques et régulières.
Une
des plus belle conquête de la révolution, c’est
l’égalité devant la canne. La Révolution
a brisé la canne nobiliaire, elle s’est démocratisée.

Avant
1789, la canne, entre les mains d’un noble, était
orgueilleuse, hautaine, insolente, toujours prête à se
lever sur l’échine du bourgeois qui se courbait encore
humblement devant son pouvoir héréditaire.

Elle
avait la raideur, l’arrogance, l’impertinence, le geste,
c’est à dire toutes les manières, toutes les
habitudes du bâton féodal ; elle était la tradition
matérielle du droit du plus fort, dont le peuple avait conservé l’ancien
respect.

Aujourd’hui la canne a des allures bourgeoises,
d’arrogante elle est devenue pateline, l ’échine
des roturiers s’est redressée au niveau de celle du
marquis, les petits gens ont grandi. Dès lors, les cannes
nobles et les roturières ont marché de pair et se
sont saluées au passage.
Elle
ne tardera pas à raccourcir et sous le Directoire les temps
sont troublés, on voit apparaître la terrible canne
des Incroyables, affreux bâtons tordus que les gens de bel
air faisaient tournoyer en marchant, lourd gourdin noueux et raboteux
qui se tord en spirale, s’enroule d’une corde à boyaux
et renferme au besoin un sabre droit appelé « pouvoir
exécutif ».

 C’est
avec elle que les collets noirs donnaient la chasse aux jacobins,
aux terroristes

 
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