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La canne des villes : un accessoire de mode

Jusqu’au 18ème siècle, en France, le port de la canne " savante ", la canne manufacturée, par opposition au simple bâton du monde rural, confère à son propriétaire, puissance et autorité : les historiens retiennent la canne de Louis XIII, d’ébène et à pomme d’ivoire, celles de Louis XIV et de ses courtisans, historiées et raffinées.

A la fin du 18ème siècle, elle tend à remplacer l’épée du gentilhomme pour " devenir un appendice du costume ". Ainsi Sébastien Mercier écrit-il en 1782 : " On court le matin une badine à la main ; la marche en est plus leste… ".




La canne de femmes, longue et ornée de rubans, n’est pas seulement affaire de coquetterie. " Elles en ont plus besoin que les hommes, vu la bizarrerie de leur talons ". Son port est codifié : " il est messéant de porter une baguette ou une petite canne chez les grands ; mais on peut y avoir une grosse canne à la main si on est incommodé… Il est aussi très incivil de badiner avec une canne ou une baguette… Il est tout à fait indécent de la lever comme si on voulait frapper quelqu’un et il n’est jamais permis de s’en servir pour toucher quelqu’un… " (J.-B De Lasalle, les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, 1782).



POMMEAU OPERA EN PORCELAINE


Après la Révolution et l’intermède des Incroyables et leur gourdins, la canne est adoptée par les bourgeois. Elle devient signe de confort et d’élégance. Sur le modèle de la Grande-Bretagne, elle est en France durant tout le 19ème siècle, le complément indispensable de la redingote ou du frac noir des hommes.


Durant ce siècle, les matériaux les plus divers sont utilisés. En 1844, R.-M Cazal, dans son ouvrage en donne un aperçu : " ivoire, corne de Rhinocéros, jonc, rotang, bambou, bois de fer servent à former de jolies cannes… que le dessin, la sculpture, la ciselure enrichissent de montures d’or, d’argent, de vermeil, d’émail, de pierres précieuses ". Pour le fût, la matière la plus en usage et ce, depuis le 18ème siècle, semble être le jonc qui ne " compte pas moins de 60 à 70 espèces ". Outre la simple canne courbe, " le génie d’artistes façonnent les montures de dessins gothiques, de têtes d’animaux, de becs d’oiseaux, de serpents entrelacés ". On lui adjoint divers accessoires parmi les plus hétéroclites : parapluie, épée, pistolet, lampe, lorgnette, porte cigarettes, porte gants… C’est le bel Age d’or.


Elle connaît un dernier engouement durant les années 1925-30, où dans la mouvance Art Déco, les créateurs la redessinent en bois exotiques (ébène, macassar, amourette, citronnier…), aux formes simples et géométriques, aux poignées courbes en ivoire, gainées de cuir, marquetées ou incrustées. Mais inadapté aux rythmes trépidants de la vie moderne, son usage ne fait que décliner. L’analyse de divers catalogues de la Maison Manufrance en est une bonne illustration. Sur 40 références de cannes dites de promenade commercialisées en 1910, il n’en reste plus que 5 en 1930. Depuis, elle a pratiquement disparu de notre vie quotidienne.


Extrait du site: http://www.cannes-fayet.com/

 

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